Les médecins qui vivent le deuil de leurs patients

La mort reste souvent taboue et considérée en opposition à la vie. Cependant, bien que les progrès de la médecine continuent de repousser l’échéance de sa survenue, elle fait partie intégrante du parcours de chacun. Tôt ou tard, nous y sommes tous confronté(e)s, d’abord par le biais du deuil, lorsqu’elle touche un proche. Les médecins, quant à eux, sont en première ligne tout au long de leur parcours professionnel face à cette fatalité. Comment vivent-ils le deuil de leurs patients ?

Le deuil et la fin de vie

Avant d’essayer de donner une réponse à cette question, il faut nous intéresser à la définition du deuil et de ses mécanismes. Ensuite, nous verrons pourquoi les médecins sont de plus en plus concernés par la mort de leurs patients.

Le deuil

Dérivé du mot latin « dolos » qui signifie « douleur », le deuil représente la perte définitive d’un élément important de la vie. On l’associe généralement à la mort d’un être cher. Le deuil désigne le sentiment de tristesse et la souffrance associée à la perte, pouvant conduire à un état dépressif. Le deuil est cependant un processus actif, il comprend les rituels funéraires, les hommages et le cheminement intérieur qui conduit à une délivrance.

La psychiatre Elisabeth Kübler-Ross publie une étude en 1969 qui définit le deuil comme un processus en 5 étapes :

·       Le déni.

·       La colère.

·       Le marchandage.

·       La dépression.

·       L’acceptation.

Ces étapes ne sont pas ancrées dans une chronologie linéaire, mais elles nous permettent de mieux comprendre le cheminement cognitif qui suit la perte d’un proche. Chaque deuil est unique et se manifeste différemment. Une fois l’acceptation atteinte, l’individu entame un nouveau chemin de reconstruction psychologique, que l’on nomme résilience.

 

La médicalisation de la fin de vie

Selon une étude de l’Insee, 59% des décès en France en 2016 sont survenus dans un établissement de santé. En 1972, on constatait l’inverse, 55% des décès survenaient à domicile, et seulement 38% dans des établissements médicaux. On remarque ainsi deux éléments :

1.     La mort qui survient dans le cercle privé se raréfie, elle a tendance à « se médicaliser » et concerne de plus en plus le corps médical.

2.     La volonté de recourir à la médecine pour retarder l’arrivée de la mort.

Depuis la deuxième moitié du 19e siècle et jusqu’à aujourd’hui, les innovations technologiques dans le domaine de la santé s’enchaînent, retardant le phénomène de la mort. Selon le philosophe Vladimir Jankélévitch, cela modifie sa représentation sociale et lui confère le statut d’un phénomène évitable, que l’on peut différer à l’infini.

Cependant, on peut également considérer que la mort signe les limites du pouvoir de la médecine. Quand elle touche un patient, cela peut être perçu comme un échec pour le soignant. Comment font-ils pour intégrer ce deuil à leur parcours professionnel ?

 

Le deuil en médecine

 

En médecine, la rencontre avec la mort est inéluctable. Bien que les médecins soient peu formés à la gestion du deuil pendant la durée de leur formation universitaire, ils acquièrent au fil de leurs parcours professionnels une expérience autodidacte qui les forge à appréhender la fin de vie d’autrui.

Selon Pierre Le Coz, le médecin représente un modèle pour l’entourage du mourant, facilitant le lien entre le patient et ses proches. Le deuil prend alors une tout autre dimension, qui fait appel au savoir-être humain du praticien plutôt qu’à son savoir scientifique. Il endosse ainsi le rôle d’accompagner le patient et sa famille, avant et après le décès.

 

La gestion du deuil

Nous l’avons évoqué précédemment, chaque deuil est unique, et de ce fait, chaque gestion de deuil l’est tout autant. Dans le cas des soins palliatifs, l’objectif est d’accompagner les patients en fin de vie, en améliorant leur qualité de vie. Lorsque le patient part « en paix », le deuil du médecin peut lui laisser un sentiment d’utilité et de travail accompli envers le patient et sa famille.

Au contraire, lorsque la mort du patient survient brutalement, le praticien peut la considérer comme un échec personnel, et elle devient alors source de culpabilité et de mal-être. De même, l’identification avec ceux qui meurent peut affecter le médecin, quels que soient son âge et son sexe. Selon une étude portant sur les médecins généralistes, la mort du patient génère une source de stress ayant des retombées sur la vie professionnelle et personnelle pour la majorité des praticiens.

 

La distanciation émotionnelle

Pour les médecins qui vivent la fin de vie de leurs patients, les sentiments qui surviennent sont partagés : tristesse, injustice, culpabilité, stress ou indifférence. Trouver « la bonne distance » en tant que médecin semble être un défi aussi important que difficile, surtout pour les médecins de proximité qui suivent plusieurs générations au sein d’une même famille pendant des années.

Pour certains, se protéger en instaurant une barrière émotionnelle n’est pas une solution et pourrait altérer la qualité des soins, en les rendant moins « humains ». Pour d’autres, prendre du recul est indispensable pour rester professionnellement neutre et limiter les répercussions sur la vie privée. 

 

Les soutiens disponibles

Dans tous les cas, l’implication physique, psychologique et humaine des médecins est un fait.

Il existe plusieurs associations et syndicats disponibles pour aider les médecins que vous pouvez solliciter personnellement si vous êtes un médecin en souffrance psychologique. En voici quelques-unes :

·       Une ligne d’écoute téléphonique unique disponible 24h/24, 7j/7 et gratuite pour tous les professionnels de santé en détresse, quels que soient leur spécialité ou leur mode d’exercice, sur tout le territoire : 0 805 23 23 36

·      APSS : Association Pour les Soins aux Soignants

·      AAPMS : Association d'Aide Professionnelle aux Médecins et Soignant

·      AAPML : Association d’Aide aux Professionnels de Santé et Médecins Libéraux

N’oubliez pas de rester attentif car vos collègues peuvent également tenter d’évoquer ce sujet avec vous dans l’objectif de trouver une oreille pour libérer la parole.

 

Faites appel au cabinet Saint-Luc

Si vous êtes intéressé.e par la médecine de la douleur et les soins palliatifs, il est possible de nous contacter ou de consulter nos annonces de médecins avec qualification en "Soins palliatifs".

 

Sources :

1) : https://www.ameli.fr/sites/default/files/2010-03_medecin-generaliste-mort-ses-patients_pratiques-organisations-soins-2010-1_assurance-maladie.pdf

2) : https://www.lesinrocks.com/actu/les-medecins-face-a-la-mort-comment-affronter-lirreparable-32218-14-09-2011/

3) : https://www.biusante.parisdescartes.fr/blog/index.php/le-medecin-et-la-mort/

4) : https://www.whatsupdoc-lemag.fr/gros-dossier/le-medecin-et-la-mort

5) : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-02474711/document

6) : https://www.cairn.info/revue-pratiques-et-organisation-des-soins-2010-1-page-65.htm

7) : https://www.20minutes.fr/sante/1938351-20161007-medecins-face-mort-generaliste-baptiste-beaulieu-leve-tabou-gestion-deuil

8) : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-02517100/document

9) : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-02093679/document

10) : https://www.insee.fr/fr/statistiques/3134763

11) : https://www.lianalevi.fr/catalogue/penser-la-mort/

12) : https://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2006-2-page-307.htm

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