Enjeux et possibilités thérapeutiques de la relation patient-médecin

En qualité de cabinet de recrutement spécialisé dans la santé, les candidats nous partagent souvent, parmi les principales motivations de leurs métiers, la relation au patient et à leurs équipes soignantes. Nous choisissions aujourd’hui de nous focaliser sur la relation thérapeutique patient-soignant.

Peurs, conflits, asymétrie… Les difficultés d’une relation inégale

Relation d’agence et asymétrie de connaissances.

 

On parle, socialement, de relation d’agence lorsqu’un individu dépend de l’action d’un autre individu. Une relation d’agence repose sur l’asymétrie de l’information : les agents, ceux dont dépendent les parties affectées, détiennent des renseignements qui manquent à ces dernières. En médecine, on utilise fréquemment le terme de relation d’agence pour qualifier cette asymétrie, l’agent étant le soignant.

 

Deux extrêmes se dégagent de cette inégalité : d’une part un patient qui s’en remet entièrement à son médecin pour traiter sa maladie, d’autre part un manque de confiance de la part du patient, ces deux extrêmes étant dus à l’inégalité dans l’information (manque d’éléments sur le profil et la formation du médecin, méconnaissance des traitements existants de la part du patient et donc difficulté à les évaluer…).

Peurs et conflits

Le médecin étant obligé par l’article L.1111-4 du Code de la santé publique à s’assurer du consentement du patient pour toute décision concernant sa santé, la relation peut parfois déboucher sur des conflits : le patient peut demander la continuité de la prise en charge tout en refusant les soins proposés par son soignant, ce qui peut altérer fortement la relation de confiance pourtant nécessaire à une bonne relation entre un patient et un soignant.

 

 

Le praticien proposant à son patient des soins est pourtant persuadé de leur validité d’un point de vue scientifique. La MACSF témoigne ainsi de plusieurs causes pouvant influer sur le refus du patient d’accepter un traitement :

 

·       La peur (du diagnostic, de la douleur, des complications…) ;

·       Une mécompréhension des enjeux ;

·       Une défiance à l’égard des médecins, et, plus largement, du système de santé ;

·       Le coût qui restera à charge ;

·       La lassitude face à des traitements lourds et jusqu’ici inefficaces ;

·       L’envie d’en finir…

 

 

La persuasion du médecin envers son patient joue alors un rôle crucial dans le soin et l’amélioration de la qualité de vie de ce dernier, mais les limites éthiques restent complexes ; où s’arrête la persuasion, et où commence la manipulation ? Certains praticiens, selon leurs convictions, préfèreront s’en tenir à l’information pure et simple de leurs patients des enjeux de leurs traitements, d’autres insisteront face à un refus s’ils pensent fondamentalement qu’il est dans l’intérêt de la qualité de vie du patient d’y avoir recours.

 

Les moyens de se renseigner étant de plus en plus nombreux, que ce soit grâce aux ressources en ligne, aux colloques, à tous les acteurs de la santé publique qui cherchent à donner accès à l’information aux malades, les études récentes montrent que le patient peut aussi jouer un rôle crucial et positif dans le monde de la santé. C’est ce dont témoigne le terme de « patient expert ».

 

Le patient expert

 

Quelques acteurs (l’EURORDIS, l’EMA, notamment) ont cherché à traduire ce terme venant de l’anglais et sont parvenus à un consensus : « Le patient-expert désigne celui qui, atteint d’une maladie chronique, a développé au fil du temps une connaissance fine de sa maladie et dispose ainsi d’une réelle expertise dans le vécu quotidien d’une pathologie ou d’une limitation physique liée à son état ».

On parle ainsi « d’avènement du pouvoir des malades », le droit de la protection de la santé datant des années 1990 où des votes successifs ont ouvert aux patients de nouveaux droits et responsabilités quant à leurs traitements.

 

Soins de supports et initiatives des patients

De nombreuses initiatives portées par les patients voient ainsi le jour depuis cette période, entraînant des réflexions autour des soins de support pour les patients atteints de cancer par exemple.

Les soins de support sont définis comme « l’ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades tout au long de la maladie ». Ils visent à apporter la meilleure qualité de vie possible à la personne malade, au-delà de la question du traitement pur. Ils évaluent les besoins des malades d’un point de vue psychologique, social autant que physique, et cherchent à y répondre.

 

L’association Étincelle

L’une de ces initiatives, l’association Étincelle, qui propose aux patients atteints de cancer des soins de support et un espace de parole dédié, a été créée en 2003 par Josette Rousselet-Blanc, journaliste et rédactrice en chef de nombreux magazines féminins. Ayant elle-même vécu cette maladie à deux reprises, Josette Rousselet-Blanc a pu constater à quel point les femmes en difficulté financière étaient privées des soins de support pourtant nécessaires à leur qualité de vie. Elle a donc souhaité fonder cette association au départ réservée aux femmes pour qu’elles puissent y trouver ce qui lui avait manqué, à elle, durant sa maladie. L’association est un lieu d’accueil non médical consacré à la qualité de vie pendant et après le traumatisme lié au cancer.

Suite au décès de cette dernière, c’est Evelyne Strechinsky, directrice d’une petite entreprise de traduction et elle-même atteinte d’un cancer du sein, qui a repris le flambeau. L’expertise de ces patientes, qui sont devenues des actrices à part entière du monde de la santé en France, a permis à cette association d’aider de multiples patients à traverser leur maladie plus sereinement. De nombreux membres du corps médical n’hésitent pas à suggérer à leurs patients de prendre contact avec l’association pour toute question dépassant l’aspect du traitement et celui de la douleur physique.

 

Moyens de dialogue

La croissance de l’importance de ces initiatives citoyennes dans le monde de la santé témoigne bien de la nécessité de mieux former les patients et de permettre un meilleur dialogue entre les différents acteurs du monde de la santé. Ce dialogue se doit d’avoir pour but d’éviter le double danger du principe de patient expert : d’une part que le médecin renvoie le malade à son autonomie et ne lui prodigue plus un accompagnement suffisant ; d’autre part que le patient se pense mieux informé que son soignant et brise une relation de confiance en s’exemptant de son expertise.

 

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SOURCES

 

(1)   https://www.cairn.info/revue-innovations-2012-3-page-13.htm

(2)   https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/full_html/2020/12/medsci200206s/medsci200206s.html

(3)   https://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Qualite-de-vie/Soins-de-support/Definition

(4)   https://www.cairn.info/revue-sciences-sociales-et-sante-2007-2-page-43.htm

(5)   https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30204235/

(6)   https://www.macsf.fr/responsabilite-professionnelle/Relation-au-patient-et-deontologie/convaincre-un-patient-refractaire

(7)   https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2008/revue-medicale-suisse-180/que-faire-en-cas-de-desaccord-entre-le-medecin-et-le-patient-quelques-balises-juridiques-et-ethiques

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