Les médecins qui vivent le deuil de leurs patients

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La mort est souvent considérée comme taboue, car elle s'oppose à la vie. Cependant, même si le progrès repousse de plus en plus la mort, personne n'a le choix et la mort fait partie intégrante du parcours de chaque être humain. Tôt ou tard, que nous le voulions ou non, nous y sommes tous et toutes confronté(e)s, d’abord par le biais du deuil, lorsqu’elle touche un proche.

Quant à eux, les médecins, infirmiers et le personnel hospitalier sont au premier plan, tout au long de leur parcours professionnel, face à cette fatalité qu'est la mort. Comment vivent-ils l'hospitalisation et le deuil de leurs patients malades ?

Le deuil et la fin de vie

Avant de formuler une réponse à cette question, il faut nous intéresser à la définition du deuil et de ses mécanismes qu'il engendre. Ensuite, nous verrons pour quelles raisons les médecins (thérapeutique, soignant/soignante, médecin-traitant, infirmière/infirmier, aide-soignant, personnels hospitaliers, etc.) sont plus que jamais concernés par la mort de leurs patients.

médecin deuil patient

Qu'est-ce que le deuil et qu'engendre-t-il ?

Le deuil représente la perte d’un élément important de la vie. Le deuil est souvent associé à la mort d’un être proche, que les personnes soient âgées ou non, le deuil est une étape difficile, que ce soit pour la famille ou pour le cadre de santé. Le deuil désigne le sentiment de tristesse et la souffrance éprouvée après la perte d'un proche, pouvant notamment conduire à un état dépressif. Le deuil est un processus qui est actif, il comprend les rituels funéraires, les hommages et le cheminement intérieur qui conduit à une délivrance.

La psychiatre Kübler-Ross publie une étude en 1969 qui définit le deuil comme un processus en 5 étapes :

  • Le déni.

  • La colère.

  • Le marchandage.

  • La dépression.

  • L’acceptation.

Les étapes énoncées ne sont pas ancrées dans une chronologie, mais elles nous permettent de mieux comprendre le chemin cognitif qui suit la perte d’un proche. Chaque deuil est unique et se manifeste différemment selon les personnes. Une fois l’acceptation atteinte, l’individu entame un chemin de reconstruction psychologique, qui se nomme "résilience".

La médicalisation du deuil

Selon une étude de l’Insee, 59% des décès en France en 2016 sont survenus dans un établissement de santé. En 1972, on constatait l’inverse, 55% des décès survenaient à domicile, et seulement 38% dans des établissements médicaux. On remarque ainsi deux éléments :

1. Les décès qui surviennent dans le cercle privé se raréfie, ils ont tendance à " se médicaliser " et concerne de plus en plus le corps médical.

2. L'envie de faire appel à la médecine pour retarder l’arrivée de la mort.

Depuis la deuxième moitié du 19e siècle et jusqu’à aujourd’hui, les innovations technologiques dans le domaine de la santé s’enchaînent, retardant le phénomène de la mort. Cependant, on peut aussi considérer que la mort signe les limites du pouvoir et de l'avancée de la médecine. Quand la mort touche un patient, cela peut être perçu comme un échec pour le médecin. Comment font-ils pour intégrer ce deuil à leur parcours professionnel et personnel ?

Le deuil en médecine

Dans le domaine médical, la rencontre avec la mort est inévitable, comme dans les hôpitaux, les Ehpad et les services de réadaptation. Même si les médecins, infirmiers/infirmières sont peu formés à la gestion du deuil pendant la durée de leur parcours universitaire, ils acquièrent au fil de leurs formations professionnelles une expérience autodidacte qui les forge à appréhender le décès d’autrui.

Selon P. Le Coz, un médecin représente un modèle pour l’entourage du défunt, facilitant le lien entre le patient et ses proches. En effet, le médecin a souvent le rôle de la personne qui rassure et en qui ont fait confiance. Le deuil prend alors une tout autre dimension, qui fait appel au savoir-être humain du médecin plutôt qu’à son savoir scientifique. Il endosse ainsi le rôle d'accompagnateur pour le patient et sa famille, avant et après la mort.

La gestion du deuil

Chaque deuil est unique et la gestion est différente selon les personnes. Dans le cas des soins palliatifs, l’objectif est d’accompagner les patients en fin de vie et de veiller à son bien-être, en améliorant leur qualité de vie. Lorsque le patient part « en paix », le deuil du médecin peut lui laisser un sentiment d’utilité à travers ce qu'il a fait pour le patient et de travail accompli envers ce dernier et sa famille. Cependant, lorsque la mort du patient survient de manière brutale, le médecin peut considérer cela comme un échec personnel et professionnel, et elle devient alors source de culpabilité et de mal-être pour le praticien. De même, l’identification avec ceux qui meurent peut possiblement affecter le médecin.

La mort d'un patient génère une source de stress avec des retombées sur la vie professionnelle et personnelle pour la majorité des médecins.

La distanciation émotionnelle du deuil

Pour les médecins, soignants, soignantes, aides-soignants/aides-soignantes qui vivent la mort de leurs patients, les sentiments qui surviennent sont partagés entre la tristesse, l'injustice, la culpabilité, le stress ou encore pour certains l'indifférence. Trouver une bonne distance  en tant que médecin semble ne pas être chose aisée, aussi importante, que difficile, surtout pour les médecins qui suivent plusieurs générations au sein d’une même famille.

Pour d'autres, se protéger en mettant une barrière émotionnelle n’est pas une solution et pourrait dégrader la qualité des soins infirmiers, en les rendant moins humains, moins sincères. Et pour certains, prendre du recul est indispensable pour rester, instaurer une ambiance humaine, mais purement professionnelle, neutre et limiter les inconvénients sur la vie privée. 

Les soutiens disponibles pour un deuil

Il existe de nombreuses associations disponibles pour aider les médecins que vous pouvez solliciter personnellement si vous êtes un médecin en souffrance psychologique. En voici quelques-unes :

  • Une ligne téléphonique gratuite et disponible 24h/24, 7j/7 pour tous les professionnels de santé en situation compliquée suite à un décès, qu'importe leur spécialité ou leur mode d’exercice, sur tout le territoire : 0 805 23 23 36

  • APSS : L'Association Pour les Soins aux Soignants

  • AAPMS : L'Association d'Aides Professionnelles aux Médecins et Soignants

  • AAPML : L'Association d’Aides pour les Professionnels de Santé et Médecins Libéraux

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